La Suisse a adhéré aux Nations Unies en 2002, mais elle n’a encore jamais siégé au sein du Conseil de sécurité, son organe exécutif chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationale. Les membres dits non permanents sont élus par l’Assemblée générale sur une base régionale. La Suisse est aujourd’hui candidate pour la mandature 2023-2024, mais cela engendre un important débat interne.

Il y a 18 ans, le peuple souverain vota l’adhésion de la Suisse à l’Organisation des Nations Unies (ONU). À l’époque, notre pays était déjà membre de plusieurs organisations spécialisées des Nations Unies mais non pas de l’Organisation elle-même qui compte aujourd’hui 193 membres. Ce choix des citoyennes et citoyens de notre pays fut dicté, sans doute, par la conviction que la finalité de cette Organisation, ses principes et ses objectifs, coïncident très largement avec les valeurs et intérêts promus et défendus par notre pays. Mais aussi par l’opinion que seule l’ONU, organisation universelle par définition, est en mesure d’affronter les principaux défis auxquels notre planète doit faire face. Dans ce sens, sa décision fut certes dans l’intérêt bien compris de la Suisse mais aussi un acte de solidarité internationale.

Depuis lors, la Suisse s’est révélée être un membre actif, engagé et respecté au sein de l’ONU. Dans des domaines aussi cruciaux que la paix et la sécurité, la promotion des Droits de l’Homme ou le développement durable, pour ne citer que ces exemples, la Suisse propose, contribue, modère et joue pleinement son rôle de contributeur constructif.

Depuis son adhésion, la Suisse a siégé au sein de plusieurs organes de l’ONU tels que le Conseil économique et social (ECOSOC) ou le Conseil des Droits de l’Homme mais jamais au sein du Conseil de sécurité. Or, le Conseil fédéral, avec le soutien répété du Parlement, a décidé de faire un pas supplémentaire – déjà envisagé en 2002 d’ailleurs – en proposant la candidature de la Suisse à un siège non permanent du Conseil de sécurité pour la période 2023-2024. Pour rappel, ce Conseil est composé de 15 membres, dont 10 non permanents, élus sur une base régionale pour une durée de deux ans par l’Assemblée générale des Nations Unies. Le groupe auquel appartient la Suisse dispose de deux sièges et la Suisse en convoite un pour ladite période.

Photo: Marina Stalder

La responsabilité première du Conseil de sécurité est le maintien de la paix et de la sécurité internationales. Pour ce faire, il s’emploie à favoriser un règlement pacifique des différends entre parties à un conflit mais peut aussi décréter des mesures afin de maintenir ou rétablir la paix et la sécurité. Tout membre des Nations Unies doit accepter et appliquer les décisions du Conseil de sécurité qui sont juridiquement contraignantes.

En aspirant à être élue en qualité de membre non permanent du Conseil de sécurité, la Suisse fait preuve d’un sens résolu de responsabilité. La responsabilité qui incombe à tout Etat souverain membre de la communauté internationale de contribuer au développement harmonieux des relations internationales en promouvant la paix et la sécurité. Elle témoigne de sa volonté de contribuer à l’élaboration d’un ordre juridique international stable et certain.

En tant que membre du Conseil de sécurité, la Suisse :

  • pourra contribuer à la formulation des résolutions du Conseil de sécurité en y faisant valoir son point de vue. Il en va de l’intérêt bien compris de notre pays, membre d’aucune alliance militaire ni d’organisation supranationale ;
  • pourra aussi mieux faire valoir ses qualités de médiatrice à la recherche de compromis et ses bons offices traditionnels. Des valeurs reconnues de sa politique étrangère et respectées au titre de son engagement international ; celui d’un pays qui n’a pas d’agenda secret ni d’ambitions géopolitiques ;
  • sera amenée à assumer la présidence tournante du Conseil de sécurité pendant un mois et pourra y faire valoir ses priorités lors de l’élaboration de l’agenda du Conseil ;
  • pourra s’engager résolument en faveur de son rôle d’Etat hôte de nombreuses organisations internationales et, partant, de la Genève internationale.

D’aucuns rétorqueront que l’accession au Conseil de sécurité serait incompatible avec le statut de pays neutre. La réalité est tout autre comme en témoigne la présence passée au sein du Conseil de sécurité des Etats neutres européens que sont l’Autriche, la Finlande, l’Irlande et la Suède. De surcroît, l’application du droit international et notamment du droit humanitaire international auxquels la Suisse est intimement attachée ne remet aucunement en cause la neutralité. Ainsi, la neutralité ne s’appliquerait pas à d’éventuelles mesures coercitives adoptées par le Conseil de sécurité.

En tant qu’association engagée en faveur d’un renforcement des relations entre la Suisse et l’ONU, l’Association Suisse-Nations Unies (ASNU) soutient sans réserve la candidature de notre pays au Conseil de sécurité.


Cet article a été publié sur le blog de foraus le 27 septembre 2019.
Ulrich Lehner est président de l’Association Suisse-ONU.


Ancien ambassadeur de Suisse. Entré au DFAE en 1981, Ulrich Lehner est un diplomate de carrière qui, outre ses séjours à Berne, a servi successivement au Portugal, au Brésil, en Norvège, en Italie et en Egypte. Au retour de ce pays, il a été nommé ambassadeur et directeur du Centre de politique de sécurité - Genève puis, dans un premier temps, chef du Centre d’analyse et de prospective et ensuite chef de la Division des Nations Unies et des autres organisations internationales du DFAE. En 2007, il a été nommé ambassadeur de Suisse en France, puis en 2011 ambassadeur de Suisse au Canada et, enfin, en 2014, Représentant permanent de la Suisse auprès de l’OCDE.  Il a pris sa retraite en 2019.

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